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Ces femmes européennes contraintes d'avorter dans un autre pays

Cécile Massin
Cécile Massin

En mars 2026, des féministes des quatre coins de l'Europe se réjouissaient de voir l'Union européenne s'engager à utiliser (enfin!) des fonds européens pour permettre à toute femme de l’Union qui ne peut avorter dans son pays (pour des raisons multiple) d'accéder à une IVG dans un autre pays européen.

On s'en rappelle moins mais un an plus tôt, alors qu'on fêtait les 50 ans de la loi Veil, une équipe de journalistes européen·nes produisait justement une grande investigation internationale sur les mouvements de femmes, internes à l'UE, pour avorter dans un autre pays européen. Côté français, c'est la journaliste Armelle Desmaison qui a enquêté. Son travail a été publiée chez nos confrères et consœurs de Mediapart et depuis, il s'en est passé des choses qu'on a eues envie de vous raconter.

Pour celles et ceux qui n'ont pas le temps, on vous a résumé l'enquête et son impact en 1 minute. Aux autres, on vous souhaite une bonne lecture ! Vous découvrirez plus bas les impacts de l'enquête en détail, une interview d'Armelle Desmaison et nos recommandations pour creuser le sujet.

⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Plus de 5 000 femmes résidant en Europe sont contraintes de traverser chaque année les frontières de leur pays pour accéder à l'IVG, révèle l'enquête européenne « Exporting Abortion ».
→ Ces déplacements (loin d'être simples et souvent très coûteux) ne représentent probablement que la partie émergée de l'iceberg. De fait, certains pays de l'Union n'enregistrent pas le nombre de femmes étrangères qui avortent sur leur territoire.

💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Près d'un an après l'enquête, la Commission européenne s'est engagée à utiliser des fonds européens pour permettre à toute femme de l'UE qui ne peut pas avorter dans son pays de le faire ailleurs en Europe.
→ L'enquête a, elle, fait l'objet de reprises au sein du monde associatif et militant, notamment par Amnesty International.

Des déplacements aux Pays-Bas et en Espagne

En mars 2025 paraissait l'enquête en trois épisodes « Traverser les frontières pour avorter » de la journaliste Armelle Desmaison pour Mediapart. On vous explique :

  • Malgré des avancées en matière d'avortement à l'échelle de l'Union européenne, plus de 5000 femmes résidant en Europe sont contraintes de traverser chaque année les frontières de leur pays pour accéder à l'IVG, relève l'enquête collective « Exporting Abortion », coordonnée par le journal espagnol Público et menée par des journalistes de tout le continent européen, avec le soutien du Journalism Fund.
  • Les raisons de ces déplacements sont multiples : législations très restrictives de certains pays européens en matière d'avortement, dépassement légal du délai d'avortement dans son pays d'origine, insuffisance des offres de soins pour avorter dans de bonnes conditions... La liste est longue.
  • Pour avorter dans un autre pays européen, les destinations les plus prisées sont les Pays-Bas, qui ont la loi la plus protectrice d'Europe en matière d'avortement, ainsi que l'Espagne. Ces déplacements sont néanmoins souvent semés d'embûches et très coûteux.
  • Surtout, ils ne représentent probablement que la partie émergée de l'iceberg, étant donné que certaines données restent opaques. Au moment de l'enquête, au moins huit pays européens n'enregistraient pas le nombre de femmes étrangères qui avortent sur leur territoire.

💥 En quête d'impact

Un an après la parution de l'enquête, des lois à l'échelle nationale ou européenne ont-elles été votées pour mieux protéger le droit à l'avortement en Europe ? Les associations féministes se sont-elles saisies de l'enquête ? Cette dernière a-t-elle trouvé un écho médiatique dans les différents pays de l'Union européenne ?

Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.

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IMPACT INSTITUTIONNEL ✔️❌

→ En mars 2026, près d'un an après l'enquête européenne « Exporting Abortion », la Commission européenne s'est engagée à utiliser des fonds européens pour permettre à toute femme de l'UE qui ne peut pas avorter dans son pays de le faire ailleurs en Europe. Une avancée que l'on doit notamment au mouvement Ma voix, mon choix dont la pétition, qui exhortait la Commission à garantir un avortement sûr et accessible à toutes les femmes de l'UE, a rassemblé plus d'un million de signatures. « La campagne pour récolter des signatures avait déjà commencé lorsqu'on enquêtait, détaille Armelle Desmaison. On ne peut donc pas attribuer cette avancée à notre seul travail d'enquête, disons plutôt qu'il s'est inscrit en parallèle. »

→ Dans chaque pays de l'Union européenne, les parlementaires nationaux se sont plus ou moins saisi·es de l'enquête. « Des parlementaires ont mentionné l'enquête en Espagne [l'un des pays les plus prisés pour avorter hors de ses frontières, NDLR], avance Armelle Desmaison. C'était beaucoup moins le cas en France », poursuit-elle.

→ La journaliste n'a, elle, pas été contactée par des élu·es nationaux·ales ou européen·nes.
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IMPACT JUDICIAIRE ❌

→ À la connaissance d'Armelle Desmaison, aucun·e journaliste qui a pris part à l'enquête n'a fait l'objet d'attaques en justice.
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IMPACT MÉDIATIQUE ✔️

→ L'enquête européenne, coordonné par le journal espagnol Público, a été publiée par plusieurs médias européens partenaires. Elle a également fait l'objet de reprises par des médias irlandais et espagnols.

→ En France, l'enquête, publiée sur Mediapart, a également fait l'objet de reprises, notamment par le magazine féminin Elle.
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IMPACT PUBLIC ✔️

→ L'enquête, et le chiffre de plus de 5000 femmes mis en avant, ont fait l'objet de reprises au sein du monde associatif et militant.

→ Amnesty International, par exemple, a mentionné l'enquête dans son dossier « Quand les droits ne sont pas une réalité pour tout le monde : la lutte pour l'accès à l'avortement en Europe ». « Une antenne du Planning familial a également remarqué notre travail », précise Armelle Desmaison.

→ L'équipe a également reçu le prix Voices Awards 2026 dans la catégorie Presse, vidéo et documentaire.

🕵️‍♀️ Les coulisses de l'enquête

Armelle Desmaison est journaliste indépendante, spécialisée en investigation et en data journalisme. Aux côtés d'une équipe de journalistes européen·es, elle a participé à l'enquête « Exporting Abortion », publiée en France chez Mediapart sous le titre « Traverser les frontières pour avorter ».

Un an plus tard, elle revient pour Rembobine sur comment enquêter à plusieurs, la nécessité de quantifier les passages de frontières pour cause d'IVG, et l'importance de laisser une place au témoignage individuel dans les enquêtes quantitatives.

« 5 860 qui avortent dans un autre pays de l’Union européenne, c’est plus que le nombre de femmes qui vivent à Saint-Tropez »
Dans le cadre de l’enquête européenne « Exporting Abortion », Armelle Desmaison a enquêté sur les femmes européennes qui vont avorter dans un autre pays de l’Union. Depuis, la Commission européenne s’est engagée pour une meilleure prise en charge de ces déplacements.

🧰 Pour mieux suivre le sujet

Vous vous intéressez au droit à l'avortement à travers le monde ? Nous vous avons sélectionné quelques ressources pour vous y retrouver.

🎥 Le droit à l'avortement dans le monde, des reportages et décryptages d'Arte

À l'occasion de la journée mondiale pour l'avortement (28 septembre), la chaîne franco-allemande a réuni une large sélection de reportages et décryptages sur le droit à l'avortement dans le monde. Une sélection très complète, du Royaume-Uni à l'Italie en passant par les États-Unis.

📚 Le mot en A : une histoire mondiale de l'avortement, une bande dessinée d'Elizabeth Casillas et Higinia Garay

De quoi parle-t-on quand on parle d'avortement ? Comment pratique-t-on une interruption de grossesse ? Qui sont les femmes qui avortent ? Qu'est-ce que l'objection de conscience des médecins ? Quelles sont les différentes législations selon les pays ? Autant de questions explorées dans cette très jolie BD à lire d'une traite.

💥
Comment multiplier l'impact de l'enquête ?

Lecteur·rices, citoyen·nes...Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !

1. Partagez l'enquête et son analyse d'impact sur vos réseaux sociaux ou dans vos cercles professionnels et personnels. Les enquêtes gagnent en impact lorsqu’elles continuent à circuler après leur publication.

2. Lisez des médias (féministes) qui enquêtent sur les droits des femmes et minorités de genre, et notamment le droit à l'avortement à travers le monde, comme La Déferlante, Lisbeth, Axelle Magazine ou Mediapart.

3. Rapprochez-vous d'associations qui se mobilisent pour le droit à l'avortement pour toutes, à l'image du Planning familial. Le site du gouvernement en répertorie également plusieurs. Vous pouvez également soutenir l'ONG Travel Abortion. « Beaucoup de femmes que j'ai rencontrées sont passées par cette organisation, et c'était pour elles la dernière chance », précise Armelle Desmaison.

4. Écrivez à vos député·es ou sénateur·rices pour les alerter sur les difficultés que continuent à rencontrer de nombreuses Européennes pour accéder à l'avortement.

5. Restez à l'écoute de vos proches. Sur ce sujet, ce dernier conseil est très certainement le plus indispensable.
💥 En quête d'impact

Cécile Massin

Rédactrice et cofondatrice de Rembobine - Journaliste indépendante