© Simon Becquet - ram05

Dans les Hautes-Alpes, Veolia en eaux troubles

Un ex-salarié de Veolia a choisi de lancer l’alerte sur des pratiques qu’il jugeait dangereuses et dissimulées. Son geste a permis de mettre en lumière la gestion d’un service vital, l’eau, qui concerne directement les habitant·es du territoire.

Lucas Martin-Brodzicki
Lucas Martin-Brodzicki

Il y a un an paraissait l’enquête Dissimulation de pollution, mise en danger des salariés : un lanceur d’alerte dénonce le « système Veolia »”, des journalistes Pierre-Isnard-Dupuy et Simon Becquet. Une enquête réalisée conjointement par la radio associative ram05 et Mediapart.

Comme vous allez le voir, cette enquête montre ce qui se passe quand les citoyen·nes s’emparent d’un sujet qui les touche au quotidien. C’est là que le journalisme prend tout son sens : quand une parole isolée devient un débat public et, parfois, un début de changement.

Pour celles et ceux qui n'ont pas le temps, on vous a résumé l'enquête et son impact en 1 minute. Aux autres, on vous souhaite une bonne lecture ! Vous découvrirez plus bas les impacts de l'enquête en détails, une interview de Simon Becquet et Pierre-Isnard Dupuy, et leurs recommandations pour creuser le sujet.

⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Dans certaines stations d’épuration des Hautes-Alpes, Veolia est mise en cause pour sa mauvaise gestion et son manque de transparence dans le cadre d’une délégation de service public. Entre mise en danger des salarié·es et rejets non conformes dans l’environnement, la multinationale a multiplié les écarts réglementaires. Et ce, sans en avertir les autorités.
→ Hervé, un ex-salarié de Veolia, est au cœur de l’enquête. Le lanceur d’alerte dénonce un "système Veolia", documents et courriels à l’appui.

💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Le parquet de Gap a ouvert une enquête préliminaire sur les rejets dissimulés de Veolia dans l’environnement. Elle a été confiée à l’Office français de la biodiversité (OFB). Deux fédérations de France Nature Environnement (FNE) ont aussi porté plainte.
→ Localement, l’enquête a provoqué un fort impact médiatique et a relancé le débat déjà vif sur ce contrat de délégation de service public.

Comment un lanceur d’alerte a fait plier (un peu) le géant Veolia

  • Grâce aux documents et courriels fournis par un ex-salarié de Veolia, et au recueil de témoignages, les deux journalistes révèlent de nombreux dysfonctionnements au sein des stations d’épuration gérées par la multinationale à Embrun et Les Orres, dans les Hautes-Alpes.
  • Le point le plus saillant est un rejet de 3200 litres de chlorure ferrique, un liquide corrosif utilisé pour traiter les eaux usées, qui aurait été déversé accidentellement dans la rivière Durance fin 2022. Cette substance très acide peut causer de gros dégâts sur la faune et la flore aquatiques.
  • Avant de se transformer en lanceur d’alerte, l'ex-salarié a tenté d’avertir sa direction plusieurs fois sur l’obligation légale de déclarer cet événement à l’administration. Sans succès. Il a été licencié par Veolia début 2023, sur la base d’accusations de fautes graves.
  • L’enquête pointe aussi d’autres dysfonctionnements et dissimulations, en particulier autour des autosurveillances. Concrètement, l’exploitant est tenu de réaliser des prélèvements d’échantillons de l’eau rejetée dans le milieu naturel pour analyses en laboratoire, selon un calendrier annuel établi avec la police de l’eau. Hervé explique que la hiérarchie locale de Veolia « avait pour habitude de décaler les autosurveillances en cas de résultats non conformes. »
  • Enfin, le travail des deux journalistes met en lumière des situations pouvant mettre en danger la vie des salarié·es des stations gérées par Veolia, dues à un sous-effectif chroniques ou des problèmes de matériel.
Podcasts natifs — Veolia Odalp : pratiques opaques en eaux troubles — Épisode 1 : Des salariés en danger — ram05
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Retrouvez les deux épisodes de l'enquête dans un podcast de ram05

💥 En quête d'impact

Un an après la publication de l'enquête, des associations de défense de l’environnement se sont-elles mobilisées ? Les pouvoirs publics ont-ils réagi ? Les relations entre Veolia et la communauté de communes de Serre-Ponçon ont-elles évolué ?

Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.

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IMPACT INSTITUTIONNEL ✔️

→ Veolia a réagi plusieurs fois à la publication de l’enquête et ses rebondissements. En mars 2025, Eric Haza, directeur juridique de Veolia Environnement, a fait parvenir un droit de réponse aux médias concernés, où la multinationale dénonce « une présentation trompeuse des faits ». « Il y a des contradictions entre l’enquête interne à laquelle on a eu accès, le premier droit de réponse et le deuxième », répond le journaliste Simon Becquet.

→ Dans une réponse à la question posée à l’Assemblée nationale par le député LFI Gabriel Amard sur la base de l’enquête, le Gouvernement a rappelé qu’une inspection réalisée le 31 janvier 2025 dans la STEU d’Embrun a relevé plusieurs écarts réglementaires, mais aucun impact environnemental notable sur la qualité de l’eau de la Durance.

→ Près d’un an après la publication de l’enquête, la communauté de communes de Serre-Ponçon a voté la signature d’un avenant au contrat de délégation de service public qui la lie à l’entreprise Veolia jusqu’en 2039 pour l’assainissement de huit communes de l’Embrunais, actant une baisse du tarif pratiqué par l’entreprise. Au moins deux communes avaient voté des motions pour que des investigations soient menées afin d’évaluer l’ampleur des manquements signalés par le lanceur d’alerte.
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IMPACT JUDICIAIRE ✔️

→ Le parquet de Gap a ouvert une enquête préliminaire, confiée à l'OFB. Celle-ci a pour objet d’analyser les infractions susceptibles d’avoir été commises par Veolia.

→ En parallèle, une plainte a été déposée par deux fédérations de FNE auprès du parquet de Gap.

→ Quelques jours après la publication de l’enquête, le licenciement d'Hervé a été annulé par le Conseil de prud’hommes de Gap, qui lui a reconnu la qualité de lanceur d’alerte
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IMPACT MÉDIATIQUE ✔️

→ L’enquête a été reprise par la TV locale BFM DICI. Le dossier a également fait l’objet de nombreux autres articles et sujets localement, notamment sur Le Dauphiné Libéré ou Alpes 1.

→ Simon Becquet a été invité sur le plateau de BFM DICI une dizaine de jours après la publication de l’enquête qui «a fait un peu l’effet d’une bombe», selon le présentateur de l’émission.
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IMPACT PUBLIC ✔️

→ La version audio de l’enquête, déclinée en une série de podcasts, a été diffusée au cinéma Le Roc à Embrun, suivie d’un débat. L’événement a rassemblé une centaine de personnes. 

→ Une trentaine de personnes s’est réunie le 12 avril lors d’une manifestation organisée par l’Association de défense des usagers du service public, de l’eau potable et de l’assainissement dans l’Embrunais (Aduea) pour dénoncer les agissements de Veolia.

🕵️‍♀️ Les coulisses de l'enquête

Simon Becquet et Pierre Isnard-Dupuy sont respectivement journaliste pour la radio associative locale ram05 et indépendant. Pierre Isnard-Dupuy est spécialisé en environnement et collabore avec Mediapart, Reporterre, Basta !, Marsactu ou encore l’Arlésienne.

Pour Rembobine, ils reviennent sur les origines de l’enquête, la manière dont ils ont anticipé les impacts de leur travail et les suites possibles du débat autour du contrat entre Veolia et la communauté de communes de Serre-Ponçon.

« La justice s’est intéressée aux dissimulations de Veolia suite à notre enquête »
En janvier 2025, Simon Becquet et Pierre Isnard-Dupuy publiaient l’enquête “Dissimulation de pollution, mise en danger des salariés : un lanceur d’alerte dénonce le « système Veolia »”. Pour Rembobine, ils reviennent sur les origines de l’enquête et comment ils ont anticipé son impact.

🧰 Pour mieux suivre le sujet

Le sujet de la gestion de l’eau, de sa qualité ou de son assainissement vous intéresse ? Simon Becquet recommande la lect ure du livre L’Eau - Fake or Not de l’hydrologue Charlènes Descollonges. «C’est assez rare que l’eau soit décryptée avec autant de chiffres et d’ordres de grandeur», salue-t-il.

De son côté, Pierre Isnard-Dupuy recommande le reportage « aux accents de propagande » Prospérité Nouvelle en Durance, pour tout comprendre sur l’histoire de l’aménagement de cette rivière aujourd’hui très anthropisée, dont le barrage de Serre-Ponçon est le symbole.

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Comment multiplier l'impact de l'enquête ?

Lecteur·rices, citoyen·nes...Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !

1. Partagez l’enquête de Mediapart et ram05, surtout si vous êtes dans le secteur des Hautes-Alpes.

2. Rejoignez des associations locales comme l’Aduea et questionnez vos élu·es sur la manière dont est gérée l’eau près de chez vous. Cette compétence communale est parfois déléguée au privé, mais une gestion publique est aussi possible.

3. Devenez lanceur·euse d'alerte ! Si comme Hervé, vous pensez détenir des informations sensibles, envisagez de vous faire accompagner par la Maison des lanceurs d’alerte et rapprochez vous de médias en qui vous avez confiance pour que ces informations soient diffusées au plus grand nombre !
💥 En quête d'impact