« La justice s'est intéressée aux dissimulations de Veolia suite à notre enquête »
En janvier 2025, Simon Becquet et Pierre Isnard-Dupuy publiaient l’enquête “Dissimulation de pollution, mise en danger des salariés : un lanceur d’alerte dénonce le « système Veolia »". Pour Rembobine, ils reviennent sur les origines de l'enquête et comment ils ont anticipé son impact.
Simon Becquet et Pierre Isnard-Dupuy sont respectivement journaliste pour la radio associative locale ram05 et indépendant. Pierre Isnard-Dupuy est spécialisé en environnement et collabore avec Mediapart, Reporterre, Basta !, Marsactu ou encore l’Arlésienne.
Un an après leur enquête pour ram05 et Mediapart, les deux hommes reviennent pour Rembobine sur les origines de l’enquête, la manière dont ils ont anticipé les impacts de leur travail et les suites possibles du débat autour du contrat entre Veolia et la communauté de communes de Serre-Ponçon (CCSP).
Bonjour Simon et Pierre, comment avez-vous commencé à enquêter sur les pratiques de Veolia dans les stations d’épuration de l’Embrunais ?
Simon — Cela fait plusieurs années que je suis cette délégation de service public entre Veolia et la CCSP car c’est un sujet chaud localement. En 2024, j’ai eu les premiers échos qu’un lanceur d’alerte était en contact avec la Maison des lanceurs d’alerte, qu’il avait quitté l’entreprise Veolia et qu’il était prêt à médiatiser le sujet sous couvert d'anonymat. Chez ram05, on se doutait que cela pouvait avoir un retentissement au regard du contexte local, avec des impacts médiatiques, politiques, et pour les usager·ères aussi.

Pierre, quand as-tu rejoint le projet ?
Pierre — Simon est venu me chercher en septembre 2024, il avait envie de bosser avec Mediapart.
Simon — Oui, car notre rédaction n’avait encore jamais mené d’enquête de cette envergure. Le fait de s’associer à Mediapart nous sécurisait un peu et avec Pierre, la collaboration a été super enrichissante. Cela donnait du poids et de la légitimité au sujet. Depuis, on est identifié comme un média ayant collaboré avec Mediapart et on est contacté par des personnes qui veulent faire sortir des trucs, parfois bidons, parfois sérieux. Cela nous a un peu ancrés dans le paysage médiatique local comme un média qui peut investiguer.
L’enquête a effectivement eu des retentissements médiatiques et judiciaires. Comment avez-vous anticipé ce point ?
Simon — Côté médiatique, j’ai appelé BFM DICI la veille de la publication pour organiser la reprise. Par humilité, on sait qu’ils ne scrutent pas forcément notre site tous les jours, donc ça nous semblait important. Il y a eu un premier sujet où j'ai été interrogé, puis j’ai été invité en plateau une semaine plus tard.
Pierre — Côté judiciaire, c’est nous qui avons alerté France Nature Environnement (FNE) au siège régional à Marseille. Ensuite, l’association a fait son travail, elle a regardé les pièces du dossier et a jugé de son propre fait qu’il y avait un intérêt pour elle à aller en justice. On savait aussi que les magistrats du pôle santé environnement de Marseille risquaient de s’intéresser au sujet, car c’est un parquet spécialisé dans les enquêtes sur l’environnement. Finalement, c’est le parquet de Gap qui s’est saisi de l’affaire.

Découvrez notre analyse d'impact complète de l'enquête de Pierre et Simon
Un avenant au contrat entre Veolia et la CCSP a été signé en décembre 2025, actant une baisse de tarifs pour l’assainissement. Est-ce à mettre au crédit de votre enquête ?
Simon — On sait depuis 2015, sur la base d’un audit du contrat commandé par la collectivité, que la communauté de communes se fait plumer financièrement. Cela fait dix ans qu’il y a des négociations pour faire baisser les tarifs et que Veolia refuse. Et là, le groupe accepte, un an après la publication de l’enquête. Est-ce lié ? J’ai posé la question, mais la version des élu·es, c’est qu’il n’y a aucun lien entre notre enquête et l’avenant signé en décembre. Je pense que pour eux, c’est une manière d’obtenir une sorte de paix locale, et pour Veolia de s’en tirer à moindre frais. Car certains acteurs, tels que l’association des usagers (Aduea), souhaitent que soit la résiliation du contrat soit étudiée. Cela fait partie des pistes de poursuite d’enquête : essayer de savoir combien coûterait cette résiliation de contrat pour la CCSP, car il court jusqu’en 2039.
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