« Les Maisons russes sont très méfiantes, c'est intéressant sur ce que ça dit de leurs réelles intentions »
Driss Rejichi est journaliste indépendant. Installé en Tunisie, il se consacre à la couverture de la politique russe en Afrique et notamment en Tunisie. Il travaille pour des médias indépendants comme Inkyfada ou Afrique XXI.
En janvier 2025, il publiait l'enquête « Les “Maisons russes”, bras armé du soft power de Poutine en Afrique » pour Afrique XXI.
Un an plus tard, il revient pour Rembobine sur le rôle des Maisons russes, l'importance d’identifier leurs activités et la difficulté d’enquêter sur ces organismes de la diplomatie russe.
Bonjour Driss. Qu'est-ce qui vous a amené à travailler sur le sujet des maisons russes ?
Je suis journaliste freelance en Tunisie et je m'intéresse à tout ce qui a trait à la politique africaine de la Russie, notamment en Tunisie. Au départ, j'ai constaté un gros boom d'activités de la part de la Maison russe de Tunis. En creusant, je me suis rendu compte que ce n'était pas uniquement le cas en Tunisie, mais dans beaucoup d'autres pays africains. C'est comme ça que j'ai commencé à creuser.

À votre avis, pourquoi ces établissements se développent en Afrique ?
En 2019, le sommet de Sotchi a coïncidé avec le moment où les Russes ont de nouveau montré de l'intérêt pour le continent africain. Tout s'est accéléré à partir de là, dans les années 2019, 2020 et 2021. Il y a d'abord eu, par exemple, le rebranding des Maisons russes qui s'appelaient jusque-là les Centres russes des sciences et de la culture (CRSC). Ensuite, quand la guerre en Ukraine a commencé et que la Russie a eu besoin de convaincre les opinions publiques africaines, mais aussi pour des considérations pragmatiques, de vote à l'ONU, à l'Assemblée générale, etc., le mouvement s'est accéléré et l'intérêt pour le continent africain s'est accentué.

Découvrez notre mesure d'impact de l'enquête de Driss Rejichi
Est-ce qu'on observe ce phénomène sur d'autres continents ?
En réalité, les Maisons russes [équivalents de nos Instituts français, NDLR] sont un dispositif qui existe un peu partout et qui, à l'origine, est très bien implanté dans l'espace post-impérial russe. On retrouve des Maisons russes en Asie centrale par exemple, mais aussi à Berlin, qui a été partiellement occupée. Contrairement aux publics occidentaux, d'Europe de l'Est ou d'Asie centrale, les publics africains sont réceptifs parce qu'ils n'ont pas été colonisés par la Russie. Sur le continent africain, la Russie n'a pas le passif colonial des anciennes grandes puissances occidentales. Ça lui permet de transmettre sa langue, son récit, sa vision du monde, son histoire, sa culture comme le font, il ne faut pas le nier, les instituts français et les Goethe Institut allemands. Tous les pays s'emploient à faire de la diplomatie culturelle dans le monde, et notamment en Afrique.
Enquêter sur ce sujet vous a-t-il posé des difficultés ?
Ça n’a pas été l’enquête la plus facile à écrire parce que j'ai eu du mal à trouver des interlocuteur·rices. À la Maison russe de Tunis, qui est une des plus actives d'Afrique, personne ne voulait répondre à mes demandes d'interview. J'ai dû forcer pour y entrer, le directeur était présent, c'était la seule solution. De façon générale, je n'ai pas eu beaucoup de réponse des centres... alors même que ce n'est pas censé être un sujet hyper sensible ! Les Maisons russes ont du mal à communiquer avec les journalistes notamment occidentaux sur leurs événements. Elles sont très méfiantes, ce qui est intéressant sur ce que ça dit de leurs réelles intentions.
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