Comment un livre-enquête a poussé le Sénat à s'intéresser au business de la mort
On préfère généralement ne pas trop penser à ce qui se passe après notre mort. Mais pour certains, c’est un business très lucratif. En octobre 2025, deux journalistes publiaient Les Charognards, un livre-enquête sur les pratiques parfois douteuses des géants des pompes funèbres.
⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Dans Les Charognards, les journalistes Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse révèlent les pratiques commerciales abusives des géants des pompes funèbres, qui profitent de la vulnérabilité des familles endeuillées.
→ Leur enquête dévoile aussi les pressions exercées sur les salariés et les dérives d'un marché de la mort de plus en plus concentré.
💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Le livre a fait réagir jusqu'au Sénat, où des parlementaires ont proposé une commission d'enquête et adopté des amendements pour mieux protéger les familles.
→ Il a aussi suscité de nouveaux témoignages, permis de nouvelles révélations journalistiques et contribué à mettre les pratiques du secteur funéraire au cœur du débat public.
⚰️ Pompes funèbres : le business qui sent le sapin
Dans Les Charognards, sorti en octobre 2025, les journalistes Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse plongent dans les coulisses d'un marché funéraire de 3 milliards d'euros par an, dominé par deux géants qui organisent un tiers des obsèques en France.

À travers une centaine de témoignages de salariés et de familles endeuillées, ils dévoilent les pratiques commerciales abusives des 2 plus grands groupes du secteur, OGF [dont marque la plus connue du grand public est PFG - Pompes funèbres générales, NDLR] et Funecap [notamment les enseignes Roc Eclerc, NDLR], qui profitent de la vulnérabilité des proches pour gonfler les factures. Pressions sur les employés, prestations superflues, manque de respect envers les défunts : leur enquête révèle les dérives d'un secteur où la recherche du profit prend parfois le pas sur la dignité humaine.
🎯 Qui a bougé ? Qui fait le mort ?
Un an après la publication du livre, les géants des pompes funèbres ont-ils changé leurs pratiques ? Les révélations ont-elles poussé les parlementaires à agir ? Les familles endeuillées ont-elles obtenu réparation ? Et le business de la mort a-t-il vraiment été bousculé ?
Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.
→ En décembre 2025, la sénatrice Marianne Margaté cite Les Charognards dans l'hémicycle pour dénoncer la concentration du marché funéraire et le coût des obsèques.
→ En février 2026, trois sénateurs déposent une proposition de résolution visant à créer une commission d'enquête sur les pratiques commerciales du secteur funéraire. Le texte cite explicitement le livre. La proposition n'a toujours pas abouti : aucune commission d'enquête n'a été constituée.
→ Le député RN Aurélien Dutremble interpelle le gouvernement en citant Les Charognards. Dans sa réponse du 31 mars, le gouvernement indique que la DGCCRF a contrôlé 600 opérateurs en 2024-2025 et annonce l'extension des contrôles aux assurances obsèques en 2026.
→ En juin 2026, le Sénat adopte en commission des amendements visant pour l'un à empêcher les assureurs d'orienter les familles vers des opérateurs funéraires prédéterminés et à renforcer leur liberté de choix, pour l'autre à empêcher les pompes funèbres d'imposer aux familles des prestations administratives facultatives. Ils doivent encore passer l'étape de l'Assemblée pour être définitivement adoptés.
→ En octobre 2025, selon les journalistes, une famille obtient un dédommagement de PFG après près d'un an d'attente, une semaine avant la publication du livre. Les journalistes attribuent cette accélération à leur enquête.
→ En février 2026, Brianne Huguerre-Cousin indique dans un complément d'enquête pour Mediacités que l'inspection du travail lance une enquête sur la gestion de deux secteurs d'OGF en Savoie et Haute-Savoie, dont le responsable avait été mis en cause dans le livre.
→ Dès octobre et la publication du livre, les reprises et interviews dans plusieurs médias nationaux sont nombreuses, contribuant à faire connaître les pratiques commerciales dénoncées. Matthieu Slisse tient une liste des reprises. Les deux journalistes sont par exemple passé dans les Grandes Gueules de RMC pour 30 minutes d'interview. et C à Vous
→ En octobre 2025, la sortie du livre permet à Mediacités d'obtenir de nouveaux documents internes d'OGF, dont un livret commercial de 41 pages. Ces éléments donnent lieu à de nouvelles révélations sur les techniques de vente du groupe.
→ Le business de la mort fait parler de lui, même loin de la Toussaint. En mai 2026, le média Blast consacre une émission au marché funéraire et à ses trois milliards d'euros annuels, avec les deux journalistes invités.
→ Une deuxième vie pour Les Charognards, avec la publication, le livre-enquête de Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse s'apprête à sortir en poche, le 23 octobre 2026.
→ Selon les journalistes interrogé sur RMC, la publication a délié les langues de beaucoup d’employés d'entreprises de pompes funèbres. Ils expliquent que chaque intervention médiatique provoque de nouveaux témoignages. "On est tout le temps sollicités, au moins un fois par mois" raconte Brianne Huguerre-Cousin.
→ La Fédération nationale du funéraire réagit dès la sortie du livre en publiant un communiqué dénonçant une enquête qu'elle juge injuste envers l'ensemble de la profession. Par la suite, Matthieu n'a pas reçu d'accréditation pour aller au Salon du Funéraire. Il s'y est quand même rendu grâce à une invitation "tombée du camion". Son récit dans les recommandations.
→ Le Service Funéraire de la Ville de Lyon a publié un communiqué le 17 octobre 2025, pour défendre le modèle public face aux pratiques dénoncées dans le livre. . Une réaction d'autant un peu paradoxale : Matthieu Slisse avait lui-même révélé, en 2023 sur Mediacités, certaines pratiques commerciales contestables au sein de cet opérateur public.
🔴 REC, ce que les journalistes ne racontent jamais
Comme expliqué dans notre précédente newsletter, les coulisses de l'enquête prennent leur indépendance ! Elles ont désormais leur propre newsletter : REC. Un format plus incarné où les journalistes racontent leur travail, leurs déclics et leurs galères, mais aussi ce que ça fait de voir leur travail avoir de l'impact ou non.
Ça arrive mardi prochain dans votre boîte mail !
🧰 L'enquête est loin d'être enterrée
Le business des pompes funèbres vous intrigue ou vous révolte ? On vous a sélectionné quelques ressources pour mieux comprendre les pratiques du secteur, connaître vos droits et suivre les suites de l’enquête.
📰 Quand un journaliste n'est plus le bienvenu au Salon du funéraire -Mediacités, novembre 2025
Après avoir enquêté sur les géants des pompes funèbres, Matthieu Slisse a voulu se rendre au Salon du funéraire. Mais sa présence n'était visiblement pas la bienvenue… Il raconte les coulisses de cette drôle de visite dans Mediacités.
📚 Les Cafés mortels : des lieux conviviaux pour sortir du tabou de la mort - France Assos Santé
Et si on parlait de la mort autour d'un café ? C'est le conseil de Brianne Huguerre-Cousin ! Les « cafés mortels » sont des rencontres gratuites et conviviales, organisées dans des bars, où chacun peut venir parler librement de la mort, du deuil et des obsèques. Une façon de briser un tabou, de partager ses expériences et de reprendre la parole sur un sujet qui nous concerne tous.
💡 Et pourquoi pas une Sécurité sociale de la mort ? - Frustration Magazine
Le Collectif pour une Sécurité sociale de la mort avance la proposition d'une prise en charge collective des frais d'obsèques, afin de soulager financièrement les familles et de sortir le funéraire d'une logique marchande. Cette revendication est reprise par des députés de La France insoumise, qui ont déposé une proposition de loi pour créer une Sécurité sociale funéraire.
Lecteur·rices, citoyen·nes... Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !
1. Demandez des nouvelles aux sénateur·rices ! Depuis 2026, le projet de commission d'enquête n'a pas avancé. Et si vous leur écriviez pour leur demander où ça en est et ce qu'ils comptent faire pour protéger les familles ?
2. Faites le test du devis funéraire. Demandez à plusieurs entreprises de pompes funèbres leurs tarifs pour des prestations comparables. Les opérateurs doivent mettre à disposition des devis types : une bonne occasion de découvrir ce que coûtent réellement des obsèques et de comparer les prix.
3. Parlez de la mort avec vos proches ! Qui souhaite être enterré·e ou crématisé·e ? Quelles sont les volontés de chacun·e ? Qui connaît le prix des obsèques ? Lancez la conversation lors d'un prochain repas de famille. Pas très joyeux, certes, mais cela peut éviter bien des difficultés le moment venu.
Tim et l'équipe Rembobine
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