Quand des PFAS s’invitent chez le premier producteur de sucre industriel en France
Une pollution révélée, une entreprise qui réagit, mais peu de mobilisation : un an après, qu'a vraiment changé l’enquête de France 3 et Disclose sur les PFAS retrouvés dans les rejets du fabricant du sucre Daddy ?
⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Des PFAS, ces molécules chimiques ultra-persistantes dans l’environnement, invisibles et toxiques pour la santé humaine, ont été retrouvées dans les rejets de plusieurs usines de Cristal Union, le fabricant du sucre Daddy, révèle l'enquête. Le géant assure pourtant n’utiliser aucun PFAS dans ses processus.
→ En France, c'est la première fois qu'un géant de l'industrie agroalimentaire - et non de l’industrie chimique lourde (comme Arkema ou Solvay) - est directement concerné par un scandale lié aux PFAS.
💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Dans sa réaction officielle au lendemain de la parution de l’enquête, Cristal Union a regretté un traitement “inutilement sensationnaliste”, tout en confirmant la présence de PFAS dans ses rejets, épandus à nouveau sur des terres agricoles, et ses sous-produits, dont certains sont destinés à la consommation animale.
→ Aucun agriculteur concerné par cette contamination n’a pour autant contacté Emilie Rosso, qui “regrette que personne n’ait pris la mesure de la problématique qu’on soulevait avec ce papier”, dit-elle.
Un cycle sans fin de pollution
Début octobre 2025 paraissait l’enquête “PFAS : des terres aux betteraves, le géant du sucre Cristal Union dans l'engrenage de la pollution éternelle” d’Émilie Rosso, en collaboration avec Nicolas Cossic, pour France 3 Champagne-Ardenne. On vous explique :
- Depuis 2023, plusieurs milliers d’usines françaises sont tenues par arrêté de rechercher les PFAS dans leurs rejets aqueux. Or, trois distilleries de Cristal Union affichaient des rejets de polluants éternels dans l’eau. Leur usine d’Arcis-sur-Aube, en particulier, fait partie des 5% d’Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) responsables de 99% des émissions de PFAS en France.
- Pourquoi retrouve-t-on des PFAS dans les rejets de Cristal Union, qui assure ne pas en utiliser dans ses procédés ? L’enquête d’Émilie Rosso révèle qu’une étude a été initiée en 2024 par l’industriel pour répondre lui-même à cette question. L'étude, confiée à l’Université de Champagne-Ardenne (URCA), devrait être publiée en 2027.
- En attendant ces résultats, l’enquête relate une piste envisagée par les services de l’État : les PFAS pourraient provenir des cultures de betteraves qui alimentent les usines, certains pesticides présents dans la terre se dégradant en PFAS. Et Cristal Union d’alimenter un cycle sans fin de pollution, puisque des eaux de lavage polluées aux PFAS sont ensuite réutilisées par les agriculteurs pour irriguer leurs champs de betteraves.
- Pour autant, le groupe sucrier assure que ses produits destinés à la consommation humaine (sucre, alcool) ne sont pas contaminés. Mais des co-produits tels que les vinasses, utilisés comme engrais naturels par les agriculteurs du territoire, contiennent eux des polluants éternels, selon un rapport de la Direction Régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL) daté de 2025. Il y a aussi des “traces” de PFAS dans les pellets, destinés à la consommation animale.
💥 En quête d'impact
Un an après la publication de l'enquête, le fabricant du sucre Daddy a-t-il réagi ? Les associations environnementales ou de consommateurs sont-elles montées au créneau ? Les agriculteurs concernés se sont-ils tournés vers la journaliste d'investigation ?
Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.
→ Le groupe Les Écologistes de la région Grand-Est a publié un communiqué pour réagir aux informations de France 3 Champagne-Ardenne et Disclose, qui “mettent en lumière un engrenage toxique”.
→ Christophe Dumont, conseiller régional Les Écologistes de la région Grand-Est, a par ailleurs réclamé la communication publique des résultats de l’étude commandée par Cristal Union au printemps 2024.
→ Dès le lendemain de l’enquête, Cristal Union a publié une réaction officielle, regrettant un traitement du sujet “inutilement sensationnaliste”. “Dans notre enquête, faute de résultats, on pointe des signaux de pollution, mais c’est peut-être justement parce qu’on n’a pas été plus alarmant qu’il n’y a pas eu plus de répercussions”, réagit Emilie Rosso.
→ Suite à la parution de l’enquête, Emilie Rosso et Nicolas Cossic n’ont fait l’objet d’aucune menace, mise en demeure ou attaque en diffamation. Emilie Rosso ne s’en étonne pas. “On ne les attaque pas dans ce papier. On ne dit pas que ce sont des pollueurs. On pointe juste le fait que dans leurs rejets, il y avait, au moment de notre enquête, des PFAS.”
→ L’enquête d’Emilie Rosso sur France 3 Champagne-Ardenne a fait l’objet d’une copublication sur Disclose, cette fois signée Nicolas Cossic.
→ Les informations ont été reprises par la presse locale (L’Union) et nationale (Reporterre), tout comme la réaction de Cristal Union (L’Est éclair).
→ Aucun agriculteur concerné par cette contamination n’a contacté Emilie Rosso suite à la parution de l’enquête. Il n’y a pas non plus eu de manifestation sur le territoire. “Je regrette que personne n’ait pris la mesure de la problématique qu’on soulevait avec ce papier”, admet la journaliste.
🕵️♀️ Les coulisses de l'enquête
Comme expliqué dans notre précédente newsletter, les coulisses de l'enquête prennent leur indépendance ! Elles ont désormais leur propre newsletter : REC. Un format plus incarné où les journalistes racontent leur travail, leurs déclics et leurs galères, mais aussi ce que ça fait de voir leur travail avoir de l'impact ou non.
Ça arrive mardi prochain, dans votre boîte mail !
🧰 Pour mieux suivre le sujet
Le sujet des polluants éternels vous questionne ou vous inquiète ? On vous a sélectionné quelques recommandations :
📺 Tous empoisonnés : le fléau des PFAS, Arte, mars 2026
Ce documentaire revient sur le désastre écologique et sanitaire que sont les PFAS. Mais il montre aussi le travail de collectifs de citoyens, d’associations, de journalistes et de scientifiques pour les faire interdire. De quoi donner un peu d’espoir.
📚 Polluant devant l’Eternel, La Revue Dessinée numéro 50, hiver 2025
Pour alimenter votre colère cette fois, il faut lire cette enquête en version BD d’Émilie Rosso. Manipulation, mensonge, désinformation… Vous comprendrez comment les industriels ont cherché à cacher les dangers bien identifiés de ces milliers de molécules toxiques, aussi pratiques que dangereuses.
🔍Le conseil d’Emilie Rosso enfin : suivre les médias “qui ont fait leurs preuves” sur un sujet aussi complexe et qui bouge sans cesse. La journaliste recommande notamment France 3, Reporterre, Le Monde ou Mediacités.
Lecteur·rices, citoyen·nes... Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !
1. Rejoignez un collectif dédié à la sensibilisation et/ou la lutte contre les PFAS. Ils sont nombreux à avoir émergé ces dernières années sur le territoire. Pour en savoir plus, vous pouvez notamment vous rendre sur le site collaboratif Victimes PFAS.
2. Soutenez les médias indépendants et les collectifs de journalistes comme We Report ou Enketo qui enquêtent sur ces sujets, et ceux qui décryptent leur impact ! Par souci de transparence, nous précisions d'ailleurs qu'Enketo est le collectif de journalistes dont est membre Nicolas Cossic, co-auteur de l’enquête. Lucas Martin-Brodzicki, auteur de cette newsletter, en est lui aussi membre. Pour soutenir le travail d'Enketo, c'est par ici.
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