Faire la fête entre futurs expert·es de l'environnement... grâce à TotalEnergies et consorts
En septembre 2025, Moran Kerinec de Reporterre racontait comment les géants de l'agro-industrie n'hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie pour arroser les soirées étudiantes des futurs ingénieurs de l’environnement.
Lors de vos études, vous êtes ou étiez plutôt de la team grosses soirées BDE ou tisane entre copain·es ? Si vous avez coché la première option, vous-êtes vous déjà demandés avec quel argent ces fameux Bureaux des étudiants (BDE) financent leurs soirées ? À AgroParisTech, la réponse laisse pour le moins sceptique. Pour s'attirer les bonnes grâces des futurs ingénieurs de l'environnement du pays, des multinationales comme TotalEnergies déboursent des sommes importantes pour participer au forum des entreprises de l'école d'ingénieurs.
De quoi de nouveau susciter l'indignation des étudiant·es, pour certains remonté·es de longue date contre les prises de position de leur école ? Faire réagir la direction d'AgroParisTech ou le ministère de l'Enseignement supérieur ? Mobiliser les associations de préservation de l'environnement ?
⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Pour s'attirer les bonnes grâces des futurs ingénieurs de l'environnement du pays, des multinationales comme TotalEnergies déboursent des sommes importantes pour participer au forum des entreprises de l'école d'ingénieurs, AgroParisTech.
→ Une participation financière qui permet notamment de financer les activités du Bureau des étudiants de l'école, ce qui ne va pas sans choquer certain·es étudiant·es.
💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Si l'enquête de Moran Kerinec n'a suscité aucune réaction politique ou institutionnelle, elle a permis aux étudiant·es d'AgroParisTech de « visibiliser leur lutte » et de faire vivre ce débat au sein de l’école.
→ L'édition 2026 du forum des entreprises – Forum Vitae – n'a elle, toujours pas été annoncée par la grande école. « Il y a probablement de nombreux facteurs qui entrent en compte [dans cette annulation] telle que la pression exercée par les étudiants, et pas seulement notre article », nuance Moran Kerinec.
Tout pour attirer de futurs ingénieurs dans leurs rangs
Il y a un an paraissait l'enquête « Cocktails et petits fours : quand Total, Nestlé et Danone financent les soirées étudiantes d’AgroParisTech » de Moran Kerinec pour Reporterre. On vous explique :
- Chaque année, le forum Vitae – forum d'entreprises d'AgroParisTech – accueille des entreprises comme TotalEnergies, Nestlé, Heineken ou Danone. Pour ces géants de l'agro-industrie, c'est l'occasion d'attirer de futurs ingénieurs dans leurs rangs. Pour y arriver, tous sont prêts à débourser des sommes importantes, révèle Reporterre grâce à des documents internes que le média a pu consulter. En 2024 par exemple, TotalEnergies a déboursé plus de 7000 euros pour obtenir un stand sur deux jours.
- Des sommes non négligeables (25 000 euros en 2023 et 40 000 euros en 2024) qui, collectées auprès de multinationales, permettent notamment de financer le Bureau des étudiants (BDE) de la prestigieuse école, toujours d'après les révélations du média en ligne spécialisé sur l'écologie. Un BDE au train de vie très élevé.
- Dans ce contexte, certain·es étudiant·es tentent depuis plusieurs années de se mobiliser contre le poids croissant de ces géants de l'agro-industrie dans l'enceinte de leur établissement, et jusque dans leurs fêtes étudiantes. L'année dernière, certain·es d'entre elleux ont ainsi rédigé une charte éthique à faire respecter aux entreprises invitées au forum Vitae : ne pas contribuer au dérèglement climatique en investissant dans les énergies fossiles, ne pas promouvoir l'élevage intensif ou la production de pesticides, ne pas participer à la déforestation massive, etc.
- Cette liste ayant été jugée « trop excluante » par la direction d'AgroParisTech, le forum Vitae 2025 a été annulé.
💥 En quête d'impact
Un an après la publication de l'enquête de Moran Kerinec, les géants de l'agro-industrie continuent-ils à participer au forum des entreprises d'AgroParisTech ? Un mouvement de protestation a-t-il vu le jour dans les grandes écoles d'ingénieurs ? Les associations de défense de l'environnement se sont-elles emparées du sujet ?
Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.
→ Dans le cadre de son enquête, si Moran Kerinec a échangé avec la direction d'AgroParisTech, il n'a eu aucun nouveau retour depuis.
→ Suite à ses révélations, le journaliste d'investigation n'a pas non plus eu de retour du monde politique.
→ Suite à la parution de l'enquête, Moran Kerinec n'a fait l'objet d'aucune menace, mise en demeure ou attaque en diffamation. « Il n'y avait pas matière à, dit-il. J'avais contacté l'école, ainsi que les sociétés citées dans le papier. Tout était balisé pour qu'il n'y ait pas de problème. »
→ L'enquête de Moran Kerinec a été reprise dans une enquête du Monde sur l'emprise grandissante des multinationales dans les écoles d'ingénieurs.
→ La presse continue à couvrir régulièrement la mobilisation des étudiant·es d'AgroParisTech contre les prises de position de leur école (Le Monde, Vert Le Média...). Reporterre continue également à couvrir le sujet.
→ Un an après la parution de son enquête, le journaliste d'investigation a repris contact avec un étudiant de la grande école. « Il m'a dit que l'article avait participé à visibiliser leur lutte », explique-t-il.
→ À la fin de l'enquête publiée en ligne sur Reporterre, la rédaction invitait celles et ceux qui voulaient partager une information confidentielle à le faire via une adresse-mail sécurisée. « Suite à cet article, on a reçu des alertes sur une thématique similaire, explique Moran Kerinec sans donner plus de détail. Un appel à témoignages lancé suite à une enquête fonctionne. Les gens voient qu'on fait du travail sérieux, ça leur donne envie de partager les scandales auxquels ils assistent. » Le média a d'ailleurs rédigé un guide sur "comment lancer l'alerte auprès de Reporterre".
→ Cette année, l'édition 2026 du Forum Vitae n'a pas été annoncée par la direction AgroParisTech. « Si le Forum avait lieu cette année, il aurait déjà dû être annoncée, explique Moran Kerinec. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent l’expliquer : la mobilisation des élèves, les négociations avec les entreprises concernées, la visibilité qu’apporterait un nouvel article... »
🕵️♀️ Les coulisses de l'enquête
Moran Kerinec est co-coordinateur du pôle enquêtes de Reporterre, média en ligne spécialisé sur les enjeux environnementaux.
Un an après la publication de son enquête « Cocktails et petits fours : quand Total, Nestlé et Danone financent les soirées étudiantes d’AgroParisTech », il revient pour Rembobine sur l'emprise des multinationales au sein des grandes écoles, les conséquences sur la vie étudiante et l'impact de son enquête.

L'interview de Moran !
🧰 Pour mieux suivre le sujet
Vous ne restez pas insensibles à l'emprise croissante des multinationales dans les grandes écoles ? Nous vous avons sélectionné quelques ressources pour aller plus loin :
📒 Polytechnique, une école d’État sous emprise, Observatoire des multinationales, septembre 2025
L'école Polytechnique n'est pas épargnée par l'influence croissante des grandes entreprises, loin de là. De la tentative de Total d’implanter un bâtiment sur le campus de la prestigieuse école d'ingénieurs au rôle des multinationales jusque dans ses organes de gouvernance, c'est ce que montre cet édifiant rapport de l'Observatoire des multinationales.
🎥 L'emprise des multinationales sur l’enseignement supérieur, Académie du climat, octobre 2025
Il y a quelques mois, l'Académie du climat a organisé une rencontre autour de l'emprise des multinationales sur l’enseignement supérieur. La captation vidéo est accessible gratuitement sur YouTube, avec un panel d'invité·es passionnant·es, à commencer par l'auteur du rapport de l'Observatoire des multinationales, recommandé juste au-dessus.
🗺️ Une cartographie des liens entre enseignement supérieur et entreprises privées, collectif Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur (EIES), septembre 2025
Pour celles et ceux qui aiment la cartographie, le collectif Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur (EIES) a mis en ligne en septembre 2025 une édifiante cartographie qui recense la présence, dans l’enseignement supérieur, de multinationales françaises. La carte est interactive, n'hésitez pas à affiner vos recherches par entreprise et/ou établissement, c'est aussi fascinant que terrifiant.
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1. Si vous êtes encore en études supérieures, n'hésitez pas à vous renseigner sur qui finance votre Bureau des étudiants... Il y a peut-être anguille sous roche.
2. Le travail du Collectif Entreprises illégitimes dans l’enseignement supérieur vous parle ? N'hésitez pas à vous rapprocher d'eux, ils répertorient sur leur site toutes les façons pour s'engager à leurs côtés.
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