Quand une enquête fait sortir un milliardaire d'extrême droite d’une université
En septembre 2025, Disclose, la Topette et Reflets.info révélaient les liens financiers discrets de l'Université Catholique de l'Ouest (UCO) avec le milliardaire Pierre-Édouard Stérin.
La suite ? Une rentrée plutôt mouvementée : des centaines d’étudiant·es se mobilisent, un directeur de master démissionne et, cinq jours après l’enquête, l’UCO annonce couper les ponts avec le fonds mis en cause.
⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ À la rentrée 2025/2026, Disclose, La Topette et Reflets.info révèlent que l’entourage de Pierre-Édouard Stérin participe depuis 2022 au financement de l’Université catholique de l'Ouest à travers le Fonds John Henry Newman.
→ L'enquête documente aussi la présence, au sein de la faculté de droit et de science politique, de plusieurs enseignant·es lié·es à des organisations conservatrices ou d’extrême droite.
💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Près de 400 étudiant·es se mobilisent et signent une pétition en quelques heures. Un directeur du master démissionne la veille de la publication sur Disclose.
→ Cinq jours après l'enquête, l’UCO annonce rompre avec le fonds lié à l’entourage de Pierre-Édouard Stérin et engage un peu plus tard des démarches pour rembourser les sommes reçues.
Un fonds discret pour financer l’université catholique et ses idées
L'enquête de La Topette, Disclose et Reflets.info nous renvoie au 12 octobre 2022. Ce jour-là, Alban de Rostu, alors administrateur du Fonds du Bien commun - créé par Pierre-Édouard Stérin et au cœur de nombreuses polémiques et sujets d'innombrables enquêtes - participe à la création du Fonds John Henry Newman avec plusieurs personnalités de l'Université catholique de l'Ouest, dont son président et son ancien recteur. L'objectif : « le développement de la recherche universitaire » au sein de l’'UCO.
L'opération reste peu connue au sein même de l'établissement. Lorsque les journalistes enquêtent, la plupart des enseignant·es interrogé·es disent ignorer l'implication de l'entourage de Pierre-Édouard Stérin. Les représentant·es syndicaux qui s'étaient inquiétés de « l'orientation idéologique » du fonds, n'avaient reçu que des réponses évasives. Pourtant, le fonds prend de l'ampleur. Doté de 15 000 euros au départ, il affiche 1,3 million d'euros dans ses derniers comptes consultés par les journalistes. Et parce que toujours plus, ses actifs doivent être multipliés par vingt d'ici 2030.
L’enquête, à lire notamment sur le site de Disclose, s'intéresse aussi au département de droit et de science politique. Sur 42 enseignant·es identifié·es à Angers et Nantes pour l’année 2024-2025, les journalistes indiquent que 15 ont des liens avec des organisations conservatrices ou d’extrême droite, dont huit avec des structures soutenues par Pierre-Édouard Stérin ou Philippe de Villiers.
La Topette sort son numéro de rentrée le 4 septembre et Disclose et Reflets.info publient le 11 septembre. L'impact est immédiat.

💥 En quête d'impact
Un an après la publication, Pierre-Édouard Stérin finance-t-il toujours l’UCO ? Qu'est devenu le Fonds John Henry Newman ? Les étudiant·es se sont-ils emparé·es des révélations ?
Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.
→ Le 11 septembre 2025, suite à la publication de la Topette, et à la veille de la publication de l’enquête sur Disclose, le journal Presse Océan indique que le directeur du master droit public Pierre-Hugues Barré, a été écarté de l’UCO.
→ Le 16 septembre 2025, l'université annonce officiellement qu'elle « ne fera plus appel au Fonds John Henry Newman, ni à aucun autre fonds associé au Fonds du Bien commun ». Elle reconnaît explicitement que « les récents développements médiatiques » ont renforcé sa volonté de « dissiper toute ambiguïté ». L'UCO explique aussi un peu plus tard qu'elle se retire également de la gouvernance du fonds.
→ Dans une tribune au Figaro, Dominique Vermersch, recteur émérite de l’UCO et président du Fonds John Henry Newman, regrette cette décision.
→ En novembre 2025, l'UCO indique à Disclose que des « démarches liées au remboursement des sommes versées à l'UCO » sont en cours. "On est certain que le fonds ne finance plus la Catho, mais nous n'avons pas de certitudes sur ces remboursements" explique Julien.
→ Aucune procédure judiciaire n'a ouverte à la suite des révélations concernant le financement de l'UCO par le Fonds John Henry Newman.
→ L'enquête a cependant provoqué une forte réaction interne. Un professeur du master de droit public, Adrien Louis, publie un droit de réponse à la suite de l'article de Disclose le 21 octobre 2025.
→ L'affaire sort rapidement du cercle des trois médias à l'origine de l'enquête. Les révélations sont notamment reprises par Mediacités et 20 minutes, qui racontent la décision de l’UCO de renoncer au mécénat lié à Pierre-Édouard Stérin. L'enquête circule aussi dans des médias et émissions travaillant sur l'extrême droite et les réseaux de Pierre-Édouard Stérin, notamment Au Poste.
→ Le 18 novembre, Disclose publie une deuxième enquête : « Pierre-Édouard Stérin et l'université catholique : les coulisses d'une rupture imposée ». Elle permet de documenter ce qui s'est passé après la première enquête et nuance le récit institutionnel selon lequel la séparation aurait été engagée indépendamment de la pression provoquée par les révélations.
→ Une contre-offensive a été mise en place avec l'influence de l'ancien recteur sur RCF Anjou. Selon Julien Collinet, la radio, par ailleurs sujet d'une enquête dans le dernier numéro de la Topette, a passé « une semaine à nous taper dessus. »
→ Les étudiant·es se sont emparés directement de l'enquête. "Ils et elles ont été essentiels car après tout, ces élèves sont leurs clients avec les frais de scolarité... Donc quand ils se mobilisent ça leur a fait peur", raconte le journaliste. Après la publication, une mobilisation se met en place au sein de l'université. Des étudiant·es rédigent une tribune et lancent une pétition demandant que l'UCO ne soit pas « un terrain de lutte idéologique » et 400 étudiant·es la signent. "Les kiosques à proximité du campus ont été dévalisés et les photocopieuses ont beaucoup tourné."
→ Le 20 septembre 2025, l'intégralité de la direction, des professeurs et du personnel du campus de l'UCO à Niort a publié une tribune dans la presse locale pour rejetter en bloc l’idée d’un financement par le milliardaire Pierre-Edouard Stérin.
→ La première enquête a permis de faire émerger de nouvelles sources et de nouvelles informations pour les journalistes notamment auprès des étudiant·es.
🕵️♀️ Les coulisses de l'enquête
Comme expliqué dans l'édito de la newsletter, les coulisses de l'enquête prennent leur indépendance ! Elles auront désormais leur propre newsletter : REC. Un format plus incarné que vous recevrez en alternance avec nos "En quête d'impact" où les journalistes racontent leur travail, leurs déclics, leurs galères mais aussi ce que ça fait de voir leur travail produire des effets.
🧰 Pour mieux suivre le sujet
L'UCO n'est qu'une pièce d'un puzzle beaucoup plus vaste. Médias, enseignement, culture, politique, Pierre-Édouard Stérin tisse sa toile un peu partout. On vous a sélectionné quelques liens pour aller plus loin :
🧑🎓 Ce qu'il s'est passé après l'enquête à l'UCO. La suite de l'enquête deux mois plus tard sur Disclose
Deux mois après les premières révélations, Disclose et la Topette sont retournés à la Catho. Ils racontent la mobilisation étudiante, mais tentent aussi de s'assurer que les annonces de rupture avec le fond est suivi d'actions concrètes.
🔍 Une trentaine d'enquêtes pour cartographier l'extrême droite. Toutes les enquêtes soutenues par le Fonds pour une Presse Libre (FPL)
Le FPL a rassemblé sur une même page les enquêtes qu'il a soutenu ces dernières années sur les réseaux, financements et stratégies de l'extrême droite. Plusieurs d'entre elles concernent directement Pierre-Edouard Stérin : ses investissements dans l'UCO mais encore dans les médias par exemple.
Lecteur·rices, citoyen·nes... Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes ! Lecteur·rices, citoyen·nes... Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !
1. Regardez qui finance votre fac ou école ou celle de vos enfants. Fonds de dotations, mécènes, entreprises, les infos sont généralement publiques mais pas toujours mises en avant. Creusez leur rapports annuels.
2. Abonnez-vous aux médias locaux et d'investigation comme la Topette. Leur travail permet souvent de révéler ce genre de problèmes dans vos villes ! Médiacités à Lille, Toulouse et , Marsactu à Marseille, Le Poulpe en Normandie, Rue89 à Strasbourg ou Lyon, ils sont partout !
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