Le stockage du carbone, nouveau visage du greenwashing ?
Le stockage carbone a vocation à capter, transporter puis stocker le CO2 afin d'atteindre la neutralité carbone tout en continuant à produire. Une technologie “miracle” qui ne va pas sans poser des questions techniques, mais aussi éthiques.
Vous n'en avez peut-être jamais entendu parler, et pourtant. Au sommet de l’État, le stockage du carbone (ou Carbon Capture Utilization and Storage pour les plus érudit·es) est présenté comme la solution miracle pour décarboner l'industrie... tout en continuant à produire toujours plus. En avril 2025, le journaliste d'investigation Simon Guichard s'intéressait justement à la face cachée de cette technologie “miracle” pour L'Humanité.
⏳ Comprendre l'enquête en 30 secondes
→ Le stockage carbone a vocation à capter, transporter puis stocker le CO2 afin d'atteindre la neutralité carbone tout en continuant à produire.
→ Une technologie “miracle” qui ne va pas sans poser des questions techniques, mais aussi éthiques alors que les maillons du stockage carbone ont été développés par les majors des hydrocarbures eux-mêmes.
💥 Et son impact en encore moins de temps !
→ Alors que le stockage du carbone fait débat, l’État continue à soutenir la création d'une filière française de stockage carbone. Sur le terrain, et en particulier là où des projets sont en discussion, des voix de contestation se font entendre.
→ Bien que le journaliste à l'origine de l'enquête n'ait pas été invité à parler de son travail par la presse, cette dernière se fait régulièrement le relaie des questions et débats soulevés par le stockage du carbone.
Des nouvelles technologies controversées
Il y a un an paraissait l'enquête « Stockage carbone : le hold-up à 500 milliards des industriels sur le climat » du journaliste Simon Guichard pour L'Humanité. On vous explique :
- Le stockage du carbone, ou Carbon Capture Utilization and Storage (CCUS), est depuis quelques années présenté comme une solution miracle pour décarboner l'industrie. En clair, il s'agit de capter, transporter puis stocker le CO2 émis par les usines plutôt que de le laisser s'échapper dans l'atmosphère, afin d'atteindre la neutralité carbone tout en continuant à produire.
- Un ensemble d'innovations technologiques largement promu par notre gouvernement comme par Bruxelles, qui ne va pas sans soulever d'importantes questions, dévoile l'enquête en quatre volets de Simon Guichard pour L'Humanité, réalisée dans le cadre d'une enquête collaborative soutenue par le Journalism Fund.
- Des doutes, d'abord, persistent quant au fonctionnement même du stockage du carbone. Manque de maturité technologique, risques de fuites de gaz, pénalités énergétiques induites par son fonctionnement... sont autant de points d'inquiétude soulevés par le journaliste.
- Sans parler du fait que les maillons du stockage carbone ont été développés par les majors des hydrocarbures eux-mêmes et que les soutiens du CCUS sont devenus, au fil des ans, des interlocuteurs incontournables de la Commission européenne. Dès 2030, Bruxelles entend d'ailleurs créer un marché européen du stockage carbone pour un investissement chiffré à 520 milliards d’euros d’ici à 2050.

💥 En quête d'impact
Un an après la parution de l'enquête, les gouvernements français et européens se sont-ils exprimés sur le sujet ? Les associations environnementales se sont-elles emparées de l'enquête ? La presse a-t-elle relayé les questions que soulève le stockage du carbone ?
Rembobine vous propose de découvrir l'impact de l'enquête. Rendez-vous dans le guide du journalisme d'impact pour comprendre ce qui peut être inclus dans ce tableau.
→ Depuis la parution de l'enquête, Simon Guichard n'a pas été contacté par des politiques, quel que soit le parti, pour parler de son travail d'enquête.
→ Le gouvernement, de son côté, continue de promouvoir la création d'une filière française de stockage du carbone, avec le lancement d'un comité de pilotage en février dernier.
→ Dans le même temps, sur le terrain, certains projets de stockage continuent à se développer, notamment en Isère où le cimentier Vicat travaille à un projet de captage de CO2. Des projets locaux qui ne vont pas sans contestation, comme en Seine-et-Marne cette fois, où une entreprise néerlandaise souhaite enfouir du dioxyde de carbone dans le sous-sol de Grandpuits-Bailly-Carrois, suscitant une forte opposition locale. « En Seine-et-Marne, le projet continue mais il va sûrement avoir du mal à aboutir, indique Simon Guichard. Comme souvent, il y a beaucoup d'effets d'annonce sans effets concrets. »
→ Côté européen cette fois, le projet de stockage de carbone Northern Lights, soutenu par la Norvège, Total et deux autres compagnies pétrolières, et prévu pour être le premier cimetière européen de CO2, voit son avancée ralentie. De fait, le géant énergétique norvégien Equinor a annoncé il y a peu qu'il réduisait pour le moment ses investissements dans le captage et le stockage du carbone en attendant « une amélioration du marché ».
→ Simon Guichard n'a fait l'objet d'aucune poursuite en justice suite à la parution de l'enquête. « J'ai plusieurs procédures en cours sur d'autres sujets mais sur celui-ci, c'est très tranquille », constate-t-il.
→ À sa connaissance, aucune attaque en justice contre des projets de stockage carbone n'a eu lieu suite à la parution de l'enquête.
→ L'enquête européenne sur le stockage carbone, soutenue par le Journalism Fund, a été publiée dans plusieurs médias européens.
→ Simon Guichard n'a, pour sa part, pas été sollicité pour des interviews mais depuis la parution de son enquête, de nombreux médias ont continué à s'emparer du sujet comme Les Echos ou Reporterre.
→ Lors de l'enquête, Simon Guichard était en contact régulier avec France nature environnement (FNE) Bouches-du-Rhône. « Le fait que l'enquête existe peut maintenant leur servir d'argument d'autorité », souligne le journaliste.
→ Plusieurs sources interviewées lors de l'enquête se sont, elles, dites heureuses de sa parution.
🕵️♀️ Les coulisses de l'enquête
Simon Guichard est journaliste d'investigation pour L'Humanité. Il s'intéresse notamment aux enjeux climatiques, avec un attrait particulier pour les sujets de décarbonation et de greenwashing.
Il revient pour Rembobine sur les difficultés à enquêter sur des projets qui n'ont pas encore démarré, les enjeux que ça pose en termes d'impact, et les critiques de plus en plus virulentes à l'égard du techno-solutionnisme.

🧰 Pour mieux suivre le sujet
Le débat autour du stockage carbone est particulièrement technique. Il est pourtant d'utilité publique. Pour vous aider à y voir plus clair, nous vous avons sélectionné quelques ressources à picorer au gré de vos envies :
🎥 Le stockage du CO2 : solution miracle ou greenwashing, un documentaire Arte
Le stockage du carbone est-il une technologie nécessaire pour parvenir à la neutralité carbone ou une tactique de l'industrie pétrolière et gazière pour continuer à vendre des combustibles fossiles ? C'est la question au cœur de ce court documentaire Arte, avec le géo-ingénieur Thomas Guénan et l'économiste environnementale Kerstin Meyer.
📰 Décarbonation : comme les géants de l'industrie "verte" nous enfument, un dossier de Mediacités
Sous la plume des journalistes Matthieu Slisse, Margaux Delanys, Aline Nippert et Lucas Martin‐Brodzicki (qui écrit d'ailleurs ponctuellement pour Rembobine), nos confrères et consœurs de Mediacités ont réalisé un dossier extrêmement fouillé sur la face cachée du stockage carbone. On vous conseille notamment l'interview de Yamina Saheb, co-autrice du dernier rapport du Giec, pour qui « prétendre que le stockage de CO₂ va sauver le climat, c’est la plus grosse arnaque du siècle ».
Lecteur·rices, citoyen·nes...Vous avez le pouvoir de renforcer l'impact du travail des journalistes !
1. Partagez l'enquête et son analyse d'impact sur vos réseaux sociaux ou dans vos cercles professionnels et personnels. Les enquêtes gagnent en impact lorsqu’elles continuent à circuler après leur publication.
2. Rapprochez vous d'associations comme Greenpeace qui s'intéressent de longue date à la face cachée du stockage du carbone pour en savoir plus, et éventuellement vous mobiliser sur le sujet si vous le souhaitez.
3. Si un projet de stockage carbone est à l'ordre du jour à côté de chez vous, rapprochez-vous des collectifs de citoyen·nes engagé·es sur le sujet. Du côté de la Seine-et-Marne, en région parisienne, c'est notamment l'association APEVRA qui est mobilisée sur le sujet.
4. Écrivez à vos député·es pour les alerter sur le sujet.
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